Bretagne Vivante, programmes Life : phragmite aquatique

Plan du site | Impression | Mise à jour : 13/11/2018

Écologie et habitat

Un Phragmite aquatique fait environ 12 g. Pour que sa survie soit assurée au cours de son long voyage de 6 000 km, depuis la Pologne, la Biélorussie ou l'Ukraine où il se reproduit, jusqu'au Sénégal où il hiverne, il doit pouvoir trouver facilement le repos et la nourriture dont il a besoin pour voler.

On estime que ce voyage dure 2 à 3 mois.

 


Un régime alimentaire spécialisé sur des gros insectes

  

La connaissance des proies du Phragmite aquatique sur les zones de halte migratoire et des milieux où se développent ces proies, sont deux points essentiels à cerner pour la mise en place de mesures conservatoires.

 

La quantité de nourriture disponible est un facteur prépondérant de la qualité d'un site, aussi bien pour l'installation des oiseaux en période de reproduction qu'en halte migratoire.

  

L'étude des proies (Kerbiriou, Bargain, Le Viol & Pavoine, in prep) est basée sur l'analyse des fientes de Phragmites aquatiques, récupérées dans de petits sacs spéciaux à l'occasion des captures à la station de baguage de Trunvel. Les proies ingérées par les oiseaux ont été déterminées à partir d'infimes fragments des invertébrés trouvés dans ces fientes. Une analyse de 115 fientes a permis d'identifier 570 proies réparties dans 10 grands groupes d'invertébrés. Ces premiers résultats font apparaître un choix assez large où l'on trouve en bonne place les diptères (38% des proies, groupe représenté dans 95% des fientes).

 

L'étude a révélé que le Phragmite aquatique en migration consommait une part importante d'invertébrés de grande taille (araignées, libellules, coléoptères, papillons nocturnes...), ce qui le distingue d'espèces voisines telles que le Phragmite des joncs et la Rousserolle effarvatte qui consomment des proies en moyenne plus petites.

Cette présence de proies secondaires de grandes tailles est donc remarquable dans le régime alimentaire du Phragmite aquatique. Les libellules sont même présentes dans 40% des fientes analysées.

Leur fréquence d'apparition élevée (parfois près de la moitié des fientes selon les périodes) et l'importance de leur biomasse (40% de la biomasse totale ingérée) et donc de leur valeur énergétique en font sans doute des proies prioritaires pour le Phragmite aquatique.

 

 

Une espèce exigeante pour ses habitats

 

La connaissance du régime alimentaire du Phragmite aquatique en halte migratoire permet de comprendre qu'il va sélectionner principalement le milieu "prairies humides hautes" pour y trouver les gros insectes qu'il recherche. Cette qualité de milieu naturel ne peut pas être obtenue avec des pratiques agricoles consommatrices de pesticides, de produits phytosanitaires et d'engrais.

Une étude par radio-pistage s'est déroulée en août 2001 et 2002. Elle a permis de déterminer le type d'habitat et la taille des territoires utilisés par les Phragmites aquatiques en halte migratoire en baie d'Audierne. Vingt deux individus ont été équipés de radio émetteurs pesant 0,5 gramme. Outre des renseignements acquis sur le temps de séjour moyen de ces oiseaux, cette étude a montré l'importance comme sites d'alimentation des prairies humides périphériques des roselières.

 

Cette découverte est d'autant plus intéressante qu'elle a fait prendre conscience que cet habitat était souvent négligé dans la gestion des zones humides pour la biodiversité. Il concentre pourtant un grand nombre d'espèces floristiques, d'invertébrés, de reptiles et amphibiens et d'oiseaux notamment.

Description des habitats fréquentés

 

Les habitats recherchés par le Phragmite aquatique en migration sont de deux types :

- l'habitat pour le repos,

- l'habitat pour l'alimentation.

 

Chaque site de halte migratoire doit proposer ces deux types d'habitats car les fonctions qu'ils remplissent sont vitales pour la survie de l'espèce pendant son long voyage vers l'Afrique tropicale.

 

 

Habitat pour le repos

 

L'habitat pour le repos est principalement constitué par les grands massifs de roselières à Roseau commun Phragmites australis. Le Phragmite aquatique comme de nombreuses autres espèces de passereaux, caché dans les Roseaux, haut perché sur des tiges souples, qui plus est inondées, est alors inaccessible aux prédateurs et peut dormir et faire la toilette de son plumage en toute quiétude.

 

 

Habitat pour l'alimentation

 

L'habitat pour l'alimentation en halte migratoire est similaire à l'habitat de reproduction en Europe de l'Est et à l'habitat d'hivernage en Afrique. Il se trouve en périphérie des roselières et il est constitué par des prairies humides à végétation de hauteur moyenne, faiblement inondées et relativement ouverte ayant les caractéristiques suivantes :

- de vastes étendues herbeuses constituées de 3 strates de végétation : une strate haute de 1,5 m très éparse (roseaux par exemple), une strate principale de hauteur moyenne de 0,5 à 1 m de composition floristique hétérogène (mosaïque d'habitats prairiaux humides), une strate des bryophytes peu dense offrant de l'espace au niveau du sol ;

- de l'absence de litière au niveau du sol offrant de l'espace et permettant au phragmite aquatique de se nourrir à faible hauteur au-dessus du sol humide et de la surface de l'eau ;

- des prairies faiblement inondées par 1 à 20 cm d'eau et/ou un réseau de mares peu profondes.

 

Sur la photo ci-dessus, prise sur le site de Trunvel en baie d'Audierne (Finistère), on distingue la diversité floristique de l'habitat d'alimentation, à végétation de hauteur moyenne, inondée, parsemée de petites mares, et situé à proximité de la roselière haute et monospéficique qui assurent la fonction de repos. Une situation idéale en halte migratoire pour le phragmite aquatique.

 

 

Typologie des milieux du phragmite aquatique

 

Les habitats recherchés par le phragmite aquatique en halte migratoire ont été identifiés d'un point de vue phytosociologique sur le site de Trunvel en baie d'Audierne, à l'occasion de l'étude par radio-pistage en 2001 et 2002. Le tableau ci-dessous liste ces habitats phytosociologiques en précisant pour chacun d'eux, le nombre de points de contact, la surface et donc la densité des contacts par habitat et par hectare.

  

Le tableau ci-dessous regroupe les habitats phytosociologiques en habitats d'espèce pour le phragmite aquatique et précise la fonction que chacun rempli : alimentation et/ou repos.

La correspondance entre les deux tableaux est assurée par les lettres A à F attribuées à chaque habitat.

 

 

 

 

Habitats de la directive "Habitats"

 

Parmi les habitats fréquentés par le phragmite aquatique, au moins trois sont des habitats de l'Annexe I de la directive communautaire "Habitats" de 1992 (en souligné, habitat prioritaire) :

- Eur 15 1410-3, prairies subhalophiles thermo-atlantiques (Cor. 15.52),

- Eur 15 2190, dépressions humides intradunales (Cor. 16.33 à 16.35)

- Eur 15 7210, marais calcaires à Cladium mariscus et espèces du Caricion davallianae (Cor. 53.3).

 

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